Séneçon du Cap
Clématite des haies

La biodiversité

Les terrils constituent de bons espaces pour se rendre compte de l'évolution de la végétation dans la région.

La végétation a également un rôle dans la stabilisation d'un versant de terril a déjà été mis en évidence par Frankart (1984) :

•les racines de la végétation stabilisent les versants qu'elles colonisent ;

•la couverture végétale diminue les phénomènes d'érosion par sa capacité à intercepter une partie des précipitations.

Grâce à son enracinement traçant , avec de nombreuses racines latérales étendues, le bouleau verruqueux fixe le versant qu'il colonise, mais son action demeure relativement superficielle.

De ce fait, lorsqu'il parvient à s'installer sur un versant affecté par le " creep ", il est déformé par la pression qu'exercent les éléments mobiles au niveau de son collet (une telle déformation est rarement observée sur les arbres qui ont un enracinement plus profond comme le robinier faux-acacia).

Parallèlement, ce que les botanistes appellent le " géotropisme " redresse la tige : il résulte que les bouleaux verruqueux sont caractérisés par un collet et des racines coudés. Il peut également arriver que l'axe principal se couche sur le sol et qu'un ou plusieurs axes latéraux se développent (Frankart, 1984).

 

Enracinement traçant des bouleaux verruqueux

(Source: Rondeux, 1998)

Définitions

1. Le collet : lieu où la tige passe au pivot (prolongement souterrain de la tige). Sa position normale est au niveau du sol.

2. Le creep : le manteau d'éléments superficiel est affecté par un mouvement de descente très lent. Ce mouvement est imperceptible à l'il nu et ne laisse en général aucune trace sensible dans la topographie. Les principales actions responsables du creep sont : les variations de volumes dues aux changements de température, aux alternances de séchage et d'humidification, aux gels et dégels, l'apparition de vides dans le sol sous l'action des animaux fouisseurs et des racines des plantes, le balancement du sol par les racines des plantes secouées par le vent, et l'augmentation de charge à la surface par les passages des animaux et des hommes. La vitesse du creep dépend principalement de la valeur de la pente, de la granulométrie du sol et de la teneur en humidité de ce dernier.

Groupements pionniers des pentes mobiles

Nous avons observé les groupements caractéristiques des pentes mobiles suivant :

•  Le groupement à clématite des haies. Cette espèce lianeuse et xérothermophyle ne se retrouve que sur les sols non acides. Elle colonise les zones pionnières, où ne trouvant pas de supports sur lesquels elle peut grimper, elle s'étale sur le sol en formant de longs rejets pouvant s'enraciner. Les touffes qui en résultent et l'abondance des tiges permettent une stabilisation du substrat. Ce phénomène de stabilisation est perceptible sur le terrain. Les touffes et les organes souterrains déterminent une retenue du substrat au-dessus de chacune d'elles, tandis qu'en aval, le substrat continue à descendre. Ce phénomène donne ainsi à la pente, une morphologie particulière en forme "d'escalier". Il se retrouve le plus souvent en pente sud mais reste indifférent de l'orientation.

•  Le groupement à séneçon sud africain. Cette espèce pouvant résister à de grande chaleur, s'enracine profondément dans le sol et forme parfois de grandes touffes. Cette espèce se retrouve sur sol proche de la neutralité. Leur action sur la stabilisation des pentes est du même ordre que le groupement précédent. Il se retrouve surtout en pente sud.

•  Le groupement à bouleau verruqueux. Cet arbre est indifférent de l'orientation et du pH du sol quoique son installation en pente sud est plus difficile. Ceci lui laisse une certaine liberté de colonisation qui explique en partie son omniprésence sur les deux terrils. Grâce à ses racines traçantes il fixe quelque peu la pente mais son action demeure également superficielle. Lorsque le groupement est dense l'effet d'escalier est également visible.

•  Le groupement à tussilage. Cette espèce fixe assez efficacement la pente. L'espèce développe en effet un réseau de tiges souterraines qui parcours la pente parallèlement à la surface aboutissant au développement de peuplements denses.

Comme nous venons de le voir, de part leur processus de fixation propre et progressif du substrat, ces groupements jouent un rôle essentiel dans la colonisation végétale ultérieure d'espèces ligneuses.

Ces groupements pionniers ne sont plus présents sur le terril du Bernalmont. Le substrat y a donc été fixer par des espèces comme le tussilage mais surtout directement par une strate arbustives de bouleau qui a permis le développement des espèces plus ligneuses. Quoique sur le bas de la pente nord, le boisement de bouleau verruqueux ne semble pas avoir considérablement grandit en 17 ans et garde l'aspect d'un boisement pionnier. Cette faible croissance semble être liée à la pauvreté du substrat à cet endroit car le sol y est de faible pente.

Sur le terril de Belle Vue, le groupement pionnier de séneçon sud africain mêlé au groupement clématite des haies présent sur le versant sud, semblent maintenant avoir un effet de stabilisation du substrat plus efficace. La stabilisation se faisant par deux méthodes de stabilisation différentes, la pente adopte ainsi un profil en escalier est très visible. Ainsi, un nombre important de bouleaux déjà bien développés colonisent peu à peu la pente. Mais cette colonisation demeure tout de même assez lente en raison de la forte sécheresse et des fortes températures enregistrées sur ce versant mais également du caractère grossier de ce substrat (nous avons relevé environ 27 °C à la surface du sol à 14h00 le 02-03-2001). Ces conditions difficiles sont ainsi responsables de la persistance de ces groupements pionniers sur ce versant. Ils constituent les seuls véritables groupements pionniers que l'on rencontre sur ces deux terrils.

Les groupements pionniers ont évolué essentiellement en un bois de bouleau verruqueux sur les deux terrils :

Le groupement de bouleau verruqueux à pâturin des bois

Il constitue avec le bois de robinier, le groupement le plus évolué que l'on rencontre actuellement sur les deux terrils. Les bouleaux y sont maintenant âgées et permettent une meilleure stabilisation du substrat. Cette stabilisation est renforcée par la présence d'un tapis herbacé et par la présence d'une strate arbustive. Cette strate arbustive est essentiellement constitué par des espèces plus forestières tels que le chêne et le hêtre. La présence de ceux-ci montrant que le bois de bouleau tend à évoluer vers une hêtraie ou une chênaie. Mais la présence d'un substrat encore pauvre et superficiel freine le développement de ces espèces exigeantes. Néanmoins et ce surtout sur le versant sud-ouest du terril de Bernalmont, les chênes pédonculées semblent déjà atteindre une grande taille et montre l'évolution de ce bois en chênaie. L'évolution d'une bétulaie vers une chênaie ou une hêtraie fait certes peur au botanistes. Cette évolution faisant progressivement perdre aux terrils une richesse qui leur est propre. Mais cette évolution est plus avantageuse, par le fait que ces espèces forestières stabilisent mieux la pente grâce à leur racine pivotante qui s'enracine beaucoup plus profondément que celle des bouleaux dans le substrat.

A noter également que sur les deux terrils, certaine partie de cette bétulaue est dominé par la ronce : il s'agit d'un bois de bouleau à ronce déjà décrit par Frankart. Mais, dans ses ouvrages, Frankart, associe souvent ce groupement à la richesse en azote d'un substrat brûlé par la combustion. Or aucune zone de combustion n'a pu être observée au pied de ce groupement végétal (voir chapitre combustion).

Le groupement de robinier faux-acacia

Ce type de bois est toujours artificiel d'après Frankart. D'après Franssen (1996), la plantation aurait eu lieu en 1942.

Sur le terril de Belle Vue comme nous l'avons vu, il s'agit d'un bois dense à sous-bois de sureau noir et ronce dont le recouvrement et proche de 100 %. Ce bois permet ainsi une stabilisation du substrat non négligeable.

Ces deux bois constituent à l'heure actuelle les deux bois les plus évolués que l'on rencontre sur les deux terrils.

La chênaie, l'érablière et la hêtraie

C'est l'évolution du bois de bouleaux vers la chênaie en pente sud et la hêtraie en pente nord. En effet, le nombre important de bouleaux enrichit le substrat grâce à leur débris organique qui sont fixés par la présence d'un sous-bois qui maintient ces débris sur place. Mais l'évolution demeure progressive en raison de la lenteur que prend le substrat à s'enrichir. A noter que l'évolution du bois de robinier vers un bois plus forestier n'est pas encore perceptible. Mais par la présence sporadique d'érable sycomore et de freine commun déjà grand, ce bois semble évoluer vers une érablière. Ceci est à mettre en relation avec l'humidité qui règne sur cette pente grâce au bois de robinier.

D'autre part, l'arrivé de ces bois forestier permet une stabilisation du substrat bien plus efficace que tous les autres bois et groupement déjà cités.

Déformation du collet des bouleaux verruqueux et géotropisme